Bob n’existe pas

Bob n’existe pas

— Alex…
— Mmmmmh.
Je chuchotai plus fort.
— ALEX !
— Quoi ?
— J’ai entendu un bruit.
Je venais en effet d’être réveillée par un bruit qui m’était inconnu. Les yeux écarquillés dans le noir, je me concentrais. J’étais raide et mon cœur tambourinait si fort qu’il résonnait dans mes oreilles.
Je repris d’un souffle et lui annonçai :
— Il y a quelqu’un dans le studio…
Pas de réponse. Alexandre dormait de nouveau, me laissant seule face à ma peur. Mon cerveau tentait de raisonner la situation mais dans mon ventre, Madame Latrouille paniquait. Et moi au milieu de tout ça qui devais-je croire ? Je l’avais bien entendu ce bruit.
Un froissement ?
Un truc qui rampe ?
Des pas ?
Un volet qui claque ?
Impossible de l’identifier. Je tendis l’oreille et essayai de me concentrer encore. Rien.
Une porte qui s’ouvre ?
Oui.
Ça ressemblait exactement au bruit d’une porte qui s’était ouverte.
Plus d’hésitation, j’étais dans le camp de Madame Latrouille. Elle a toujours un argument qui fait pencher la balance de son côté. Ce soir l’argument de la porte qui s’était ouverte m’avait totalement convaincu bien qu’irrationnel. Pourquoi la porte se serait-elle ouverte ? Monstres, assassins, voleurs, bêtes féroces, psychopathes, tout était à imaginer et pour ça, elle connaissait bien son job de trouillarde.
Je m’enfonçai alors doucement sous la couette mais ma peau moite collait aux draps.
De mon lit, la porte d’entrée n’était pas loin et l’idée que l’intrus puisse m’atteindre en moins de deux secondes me terrorisait. Mes pieds rentrèrent sous la couette comme un escargot dans sa coquille. Tant pis je décidai de faire un peu de bruit en m’enroulant davantage sous les draps.
Ça y est, j’étais prête à hiberner, au fond de mon lit, là où la peur avait forcé mon être à se reclure.

Soudain, un bruit.
Mon sang se figea.
De nouveau, les tam-tams dans ma poitrine.
Bob ? C’était peut-être Bob. Vous savez cet être sauvage qui hante les terres de Twin Peaks. Le Mal et la Folie réunis en une personne. Celui qui retrousse ses lèvres pour montrer ses canines à la caméra. Des yeux de fauves et ses cheveux longs. Sous ma couette qui commençait à se transformer en hammam, je pensais à Bob en train de ramper jusqu’à mon lit. Le bruit que j’avais entendu correspondait.
C’était Bob.
Bob n’existe pas.
Pendant que Madame Latrouille et mon cerveau se mettaient d’accord, je décidai de tendre une oreille plus attentive. Des images horribles défilaient dans ma tête. Mes yeux n’osaient pas regarder le peu de lumière que laissaient entrer les fenêtres, de peur de voir une silhouette passer. Ou une tête me regarder. Je devrais peut-être arrêter de regarder cette série car la nuit dernière, j’ai rêvé que mon reflet dans le miroir ne me correspondait pas tout à fait. Troublée par ce décalage visuel, je me suis mise à rire puis à crier. Et puis je me suis réveillée.
Quel souvenir réconfortant.
Je jetai un oeil dans le studio.
Je vis une ombre.
Bob n’existe pas.
Le bruit était maintenant continu.
Je sentis Alexandre remuer.
Je tentais une nouvelle liaison.
— Alex tu as fermé la porte tout à l’heure ?
Le doute le réveilla.
— Pourquoi tu chuchotes ?
— Y’a quelqu’un qui est entré, je l’entends depuis tout à l’heure…
Je n’avais pas fini ma phrase qu’il avait déjà la tête sous la couette. Cet homme vaillant et plein de courage continua la conversation caché dans ses draps.
— C’est quoi ce bruit ?
Il l’entendait aussi. Donc je n’étais pas folle. Il y avait bien du mouvement dans le studio. Plus doux, plus feutré que celui qui m’avait réveillé.
— Ce sont des bruits de pas je te dis.
— Comme des chaussures qui glissent, continua-t-il.
— Tu peux aller voir s’il te plait ? Alex s’il te plait… j’ai trop peur.
— Mais moi aussi.

Alex reprit
— On dirait le bruit d’un truc qui glisse.
Je tentai avec espoir
— C’est pas le linge qu’on a pendu hier soir ?
— Oui peut-être.

— Viens on regarde tous les deux.
Alex empoigna son stylo laser pour éclairer la pièce. Dans ma tête, je le remerciai de cet achat que j’avais jugé inutile. Jeune padawan, protège-moi des bruits de la nuit et que la force soit avec toi…
Il actionna le bouton du stylo.

Je sautai du lit, ce qui cinq minutes auparavant m’était inconcevable. Voleurs, monstres, bêtes sauvages, psychopathes disparurent de ma tête. Je m’approchai du mur pour décrocher un poster qui avait tenté un saut de l’ange. Je le posai par terre.
Là il ne fera plus de bruit.

Publié par

mathildecochepin

Etudiante en illustration aux Arts Décoratifs de Strasbourg.

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